Au fond, une queue, c’est comme une peau de chamois retournée sur un manche de balai. Certaines sont roses, lisses comme du massepain, d’autres veinées, brunes ; certaines s’incurvent de façon charmante, d’autres ont l’inclinaison réservée, certaines prennent le monde d’assaut à la loyale tandis que d’autres s’insinuent plus traîtreusement, avec leur ravissante cicatrice de vasectomie et un petit bout pointu qui se relève effrontément.
Ne niez pas, c’est la première chose que vous regardez quand vous nous baissez le froc. Pine de moineau ou gourdin de Raspoutine ? Quéquette de navet ou zob de Karagheuz ? Quelle qu’elle soit, vous vous devez d’instaurer au plus vite un dialogue avec elle. Qu’est-ce qu’elle aime, cette arme fatale ? Que vous l’attrapiez à la volée ou que vous fassiez d’abord quelques courbettes devant le grand mamamouchi ? Que vous la laissiez en décolleté bien dégagé ou que vous lui remontiez le col roulé pour la cloîtrer ? Que vous l’enserriez genre verrou de sécurité, poigne de fer, ou que vous la frictionniez un peu large, gant de velours ?
L’homme et sa queue : pas facile. Bien sûr, pour vous les femmes, c’est un sujet dont, chic alors ! vous n’avez jamais fini de faire le tour mais pour nous, c’est plus délicat, plus angoissant, ça commence par le coup d’œil oblique de la sage-femme : – C’est un garçon ! C’est fou ce que ces quelques centimètres peuvent avoir d’impact. Est-elle dans les normes ? Celle du voisin est-elle plus grande ? Qui pisse le plus loin ? On fait un concours ? Personne ne nous a donné le choix, aucun dieu ne nous a demandé notre avis : – Vous avez ça entre les cuisses, mes chéris, et pour le reste démerden Sie sich ! De quoi nous pourrir la vie, surtout si nous n’avons eu droit qu’à un petit mickey tout de traviole. Vous appréciez d’être une femme dans ces moments-là, quand vous découvrez le pot aux roses, nez à nez avec une tige de hyacinthe toute molle ou – ce qui est sans doute pire – une batte de base-ball prête à éventrer un troupeau de mannequins à la chatte épilée.
Neuf hommes sur dix sont dotés du modèle standard. Pourquoi faudrait-il courir après l’exception ? De toutes les façons, un vagin ne dépasse guère dix centimètres. Il accueille jusque-là : après, il cogne au mur (atteindre le col de l’utérus du bout du gland est donc une expédition à la portée de toutes les queues). Ou alors, c’est que vous êtes une inconditionnelle du supplice du pal, avec le manche à balai qui vous chatouille les amygdales et vous laisse le petit trou douloureusement en chou-fleur.
|